Bilan en alphabétisation
2.1.1. Campagnes nationales d’alphabétisation et principaux repères historiques
- La première campagne nationale d’alphabétisation (de masse) a été
lancée par Feu Sa Majesté le Roi Mohammed V en 1956. Elle a concerné
1 million de citoyens et citoyennes.
- Lancée en 1957, la deuxième a touché 2 millions de personnes.
- Parallèlement à ces deux campagnes, un journal destiné aux néoalphabètes
a été publié sous le titre “ Mannar Al-Maghrib “.
- En 1990, à l’occasion de la célébration de l’année internationale
d’alphabétisation, Feu Sa Majesté le Roi Hassan II a adressé au peuple
marocain un appel incitant toutes les composantes de la nation à
participer à la lutte contre l’analphabétisme. Dès lors, une campagne
nationale d’alphabétisation est organisée chaque année au profit de
toutes les catégories de la population âgée de plus de15 ans.
- En 1997 la Direction de la Lutte Contre l’Analphabétisme a été créée.
- En novembre 2002 le Secrétariat d’Etat chargé de l’Alphabétisation et de
l’Education non Formelle a été mise en place.
- Le 27 Mai 2003, un vaste programme d’alphabétisation de masse
“MASSIRAT ANNOUR “ a été lancé pour toucher 1.000.000 de
personnes.
Ces repères historiques démontrent, ainsi, que le Maroc a toujours
accordé une importance à la lutte contre l’analphabétisme. Il convient de
préciser ici que les programmes d’alphabétisation ne concernent que les
personnes âgées de plus de 15 ans. Avec un taux de déperdition très élevé
(70%), les effectifs des bénéficiaires ne dépassaient guère jusqu’en
1997,100.000 personnes par an..Néanmoins, cette expérience a permis au
pays de capitaliser certains acquis aussi bien sur le plan organisationnel que
pédagogique.
2.1.2. Acquis
Les programmes mis en place à partir de 1998 ont essayé de remédier
aux insuffisances et ont permis d’obtenir les résultats ci-après:
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Au niveau quantitatif :
Inscrits en janvier 2004 Inscrits en juin 2004
736.760 450.335
En juin 2004 les principaux résultats obtenus sont :
Effectif des inscrits : 450.335
Milieu rural : 53,89%
Milieu urbain : 46,11%
Femmes : 73,33%
Hommes : 26,67%
Effectif des participants à l’examen final : 273.085
Effectif des admis à l’examen final : 233.384
Au niveau pédagogique :
- la mise en place, au Secrétariat d’Etat Chargé de l’Alphabétisation et de
l’Education Non Formelle, d’une cellule d’ingénierie en
alphabétisation .
- la réduction du cycle d’alphabétisation de 2 ans à un programme
d’alphabétisation d’une masse horaire de 200 heures adaptables aux
spécificités et préoccupations de chaque population cible .
- l’élaboration d’un nouveau programme pédagogique fonctionnel
concrétisé par 3 manuels. Les deux premiers constituent un tronc
commun pour l’apprentissage de la lecture, l’écriture et le calcul à
l’ensemble des populations. Le troisième est spécifique à chaque
groupe cible de population .Il véhicule un savoir, un savoir faire et un
savoir être centrés sur les intérêts et activités exercées par les
bénéficiaires .
- l’élaboration d’un guide du formateur et l’organisation de sessions de
formation au profit des formateurs relevant des secteurs privé, public
et associatif .
- l’élaboration et l’administration de tests de positionnement pour
mesurer les connaissances et les acquis des bénéficiaires .
- le taux de déperdition a baissé de 70% avant 1998 à moins de 20% en
2002/2003.
- le rendement du système a passé de 16% avant 1998 à 64% en 2002/2003
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Au niveau organisationnel :
- La mobilisation des départements ministériels, du secteur privé et de la
société civile (ONG ) pour participer à l’effort national
d’alphabétisation.
- L’introduction, au niveau des programmes d’alphabétisation,d’une
culture d’objectifs et d’évaluation.
- L’instauration d’un système de partenariat conventionnel qui a permis
de conclure plus de 300 conventions avec différents opérateurs des
secteurs public, privé et associatif,
- La formation des intervenants (formateurs, superviseurs, et
gestionnaires ).
2.1.3. Insuffisances
Sur le plan des programmes pédagogiques :
•Monolithiques, ils s’adressaient à toute la population sans tenir compte
des spécificités, attentes et caractéristiques (genre, âge, milieu...) de
chaque population cible.
• Calqués sur une approche scolaire, ils véhiculaient une alphabétisation
générale.
• Déconnectés de la vie quotidienne et de l’environnement des
bénéficiaires, Ils ne tenaient pas compte des acquis professionnels et
cognitifs des apprenants adultes.
• Ils ne traitaient pas de mécanismes de création d’activités génératrices
de revenus et d’exercice de métiers.
En outre, faute de formation des alphabétiseurs en andragogie, la
communication avec les bénéficiaires s’avérait très difficile. D’où un rejet de
la situation d’apprentissage.
Sur le plan organisationnel
Etalée sur deux années et composée de deux phases, la durée du cycle
d’alphabétisation s’avèrait longue. Le rythme de l’alphabétisation restait
fortement lié au rythme scolaire sans tenir compte des spécificités du
groupe ciblé. Notamment celles relatives à la disponibilité des bénéficiaires
ainsi qui’ à leurs occupations.
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2.2. Bilan en éducation non formelle
Depuis mai 1997 ( date de sa mise en place) jusqu’à juin 2004, l’éducation
non formelle n’a pu atteindre les objectifs fixés par la Charte Nationale de
l’Education et de la Formation. Pendant cette période, elle a touché
seulement 141.525 enfants et jeunes dont 65,3% de filles.
Parmi ces bénéficiaires :
- 41.346 sont en situation de travail.
- 1.708 vivent dans des centres de protection de l’enfance.
- 1.503 “enfants des rues”.
Le budget alloué à cette opération est resté pratiquement constant (19 à
20 millions de DH/an). Pourtant, cette expérience a permis de concrétiser
bon nombre d’acquis :
2.2.1. Au niveau du développement de l’approche partenariale et
l’implication de la société civile:
Signature de conventions de partenariat avec :
- 4 départements gouvernementaux concernés par la population cible
de l’éducation non formelle.
- 42 associations nationales, régionales et locales.
2.2.2.Au niveau de l’élaboration des curricula et matériels
didactiques
Bien que tous les documents et matériels didactiques d’accompagnement
ne soient pas achevés, des curricula spécifiques à des catégories sont
élaborés : un curriculum pour les enfants à insérer à l’école et un autre pour
les enfants du secteur de l’artisanat.
2.2.3. Au niveau de la formation des différents intervenants
Plusieurs intervenants (1035 éducateurs, 254 formateurs d’éducateurs,
183 superviseurs administratifs et 44 responsables d’associations) ont
bénéficié de formations. Les modules de formation produits sont :
• Planification et gestion des apprentissages.
• Application de la pédagogie différenciée.
• Profil psychosocial des enfants bénéficiaires.
• Dynamique et animation de groupes hétérogènes.
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2.2.4. Au niveau de la recherche :
Des études et des enquêtes ont été réalisées :
- Typologie des enfants non scolarisés ou déscolarisés (1998),
- Diagnostic des contraintes entravant le cycle d’insertion scolaire
(2002),
- Evaluation de l’éducation non formelle (2003),
- Analyse des besoins en éducation pour certaines catégories d’enfants
(2000, 2001).
2.3. Contraintes
Quoique significatives, les réalisations en matière d’alphabétisation et
d’éducation non formelle demeurent insuffisantes en regard des objectifs
arrêtés. Cette situation est due à la conjugaison de plusieurs facteurs
exogènes et endogènes.
2.3.1. Les facteurs exogènes
On notera essentiellement :
- La persistance de l’abandon scolaire avant la fin de la scolarité
obligatoire.
-La faible coordination entre les différents départements
intervenants.
-L’environnement difficile pour le développement de
l’enseignement en milieu rural.
- Limites de l’outil statistique face à la complexité des phénomènes
d’analphabétisme et de non scolarisation/déscolarisation
- Les moyens, souvent très modestes, de certaines familles, n’aident
pas à faire face aux dépenses de scolarisation de leurs enfants.
Ils ne s’inscrivent pas alors à l’école ou sont déscolarisés avant
d’achever les cycles de l’enseignement obligatoire.
- L’implication limitée des autorités et des collectivités locales dans
les programmes d’alphabétisation et d’éducation non formelle.
2.3.2. Les facteurs endogènes
On notera essentiellement :
Le département gouvernemental chargé de la planification et de la mise
en oeuvre des programmes d’alphabétisation et d’éducation non
formelle ne peut, dans son actuelle forme et avec ses modestes moyens
financiers et humains, donner à ces programmes l’envergure voulue.
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les moyens financiers : Eu égard à l’ampleur des deux phénomènes, les
budgets alloués à l’alphabétisation et à l’éducation non formelle
restent en deçà des besoins réels. Cette situation est plus ressentie au
niveau local où le manque de moyens entrave la réalisation d’une
déconcentration effective et efficiente.
la coordination : le manque de communication et la difficulté à
travailler en équipes pluri départementales impliquant tous les
intervenants dans une réelle coordination a lourdement pesé sur
l’efficacité des programmes.
les ressources humaines : Sur le plan quantitatif, les compétences locales
chargées des programmes d’alphabétisation et d’éducation non
formelle restent insuffisantes. Celles disponibles ne sont pas assez
formées voire peu expérimentées en matière de gestion, de suivi et
d’évaluation de projets d’envergure.
le corps enseignant : la difficulté à maintenir la stabilité des formateurs
empêche l’accumulation de l’expérience. Elle entraîne une perte
d’efficacité et de moyens financiers liés à la formation de nouveaux
arrivants.
la post-alphabétisation : l’absence quasi-totale des programmes de
post-alphabétisation susceptibles d’éviter l’analphabétisme de retour et
de rendre les programmes plus attractifs.
les passerelles et l’insertion : L’absence de textes réglementaires
organisant l’éducation non formelle et ses passerelles avec l’éducation
formelle et la formation professionnelle.
la faiblesse d’analyses qualitatives qui partent du vécu, des besoins et
des aspirations des populations analphabètes.
le nombre insuffisant d’études permettant d’identifier les besoins et les
attentes en éducation des enfants 9-15 ans en tenant compte de leur
vécu.
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3. BASES
DE LA STRATEGIE
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Les constats établis, les contraintes identifiées et les problèmes soulevés,
nous interpellent tous à une remise en question des méthodes adoptées
pour combattre l’analphabétisme chez les adultes et la non scolarisation des
enfants et des jeunes pour trouver, dans le cadre d’une stratégie nationale
capitalisant les acquis, des solutions adéquates.
Cette stratégie doit offrir une meilleure visibilité à tous les intervenants,
et favoriser une mobilisation générale de la société civile, de la coopération
internationale et des départements agissant dans le domaine social.
Par ailleurs, elle ne peut être conçue sans une action intégrée de la
promotion sociale centrée en particulier sur la lutte contre l’analphabétisme
et la lutte contre la pauvreté.
La mise en oeuvre de cette stratégie s’inscrit dans une vision axée sur :
- Une meilleure implication des services déconcentrés ainsi que l’appui
des autorités locales.
- La mise en place d’un cadre de concertation national, régional et
provincial.
- Une meilleure visibilité, par zone, via une banque de données des
populations cibles, des moyens logistiques mobilisables (locaux,...) et
des formateurs disponibles.
- Une mise en place d’indicateurs d’évaluation permettant de réajuster
cette stratégie en cas de besoin.
- Une meilleure coordination et un meilleur suivi au niveau central.

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