STRATEGIE D’EDUCATION
"... Partant de Notre souci de traiter,
pour le vaincre, le
phénomène de l’analphabétisme, Nous lui avons
consacré, au
niveau gouvernemental, un Secrétariat d’Etat
qui s’attèle à
l’élaboration d’une stratégie aux fins de
combattre et d’éradiquer
progressivement ce fléau qui empêche le Maroc
de gagner les
paris, ceux de s’inscrire dans le monde de la
connaissance et de la
communication, et rend la moitié de ses
habitants tels des détenus
qui croupissent dans l’ignorance et
l’illettrisme. ".
Message de S.M. le Roi Mohammed VI,
du 13 Octobre 2003
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PREFACE................................................................................................................................................
1. CONTEXTE
1.1. Contexte général.................................................................................................................
1.2. Etat des lieux .....................................................................................................................
1.2.1. Constat concernant l’alphabétisation ....................................................
1.2.2. Constat concernant l’éducation non
formelle .......................................
1.3. Concepts .................................................................................................................................
1.3.1. L’alphabétisation ................................................................................................
1.3.2. L’éducation non formelle ..............................................................................
2. BILAN
2.1. Bilan en alphabétisation ..............................................................................................
2.2. Bilan en éducation non formelle ..............................................................................
2.3. Contraintes ..........................................................................................................................
3. BASES DE LA STRATEGIE
3.1. Fondements .........................................................................................................................
3.2. Principes de la stratégie ................................................................................................
3.3. Objectifs .................................................................................................................................
3.4. Champs d’interventions .................................................................................................
3.5 Populations cibles et priorités ..................................................................................
4. AXES DE LA MISE EN OEUVRE DE LA STRATEGIE
Axe1. Système d’information ..............................................................................................
Axe2. Partenariat ........................................................................................................................
Axe3. Parrainage ........................................................................................................................
Axe4. Organisation ...................................................................................................................
Axe5. Programmes éducatifs ..............................................................................................
Axe6. Formation ........................................................................................................................
Axe7. Coopération internationale ...................................................................................
Axe8. Mobilisation et communication ..........................................................................
Axe9. Evaluation, audit et contrôle ................................................................................
Axe10. Promotion sociale intégrée ..................................................................................
5. PROGRAMMES D’INTERVENTION
5.1. En matière d’alphabétisation ......................................................................................
5.2. En matière d’éducation non formelle .....................................................................
6. COUT DES OPERATIONS ...................................................................................................
ANNEXES .............................................................................................................................................
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PREFACE
L’analphabétisme des adultes, la non
scolarisation ou la déscolarisation
des jeunes demeurent une réalité quotidienne
pénalisant bon nombre de
nos concitoyens. Ils constituent de réels
handicaps qui hypothèquent et
traumatisent profondément le développement
économique et social de
notre pays. Ces fléaux affectent
particulièrement les femmes et les enfants.
Les sous estimer voire minimiser leur impact
c’est hypotèquer l’avenir de
nos enfants.
Or, comment mettre en place un système
d’éducation qui ne délaisse
aucun individu de ses bénéficiaires
potentiels ? C’est dire que tout effort
s’avère insuffisant pour généraliser la
scolarisation sans égard à de tels
sérieux phénomènes. Autrement dit, à défaut
d’une volonté politique qui
impulse la promotion de l’alphabétisation des
adultes et l’éducation non
formelle, en guise de formules alternatives
pour les jeunes déscolarisés ou
non scolarisés ; les efforts consentis, en
matière d’éducation et de
développement, seraient continuellement
insuffisants.
Le gouvernement en est conscient.
Conformément aux Hautes
orientations de Sa Majesté le Roi Mohamed VI,
la lutte contre
l’analphabétisme et la promotion de
l’éducation non formelle sont érigés au
statut de priorités nationales déterminantes
quant au redressement de cette
alarmante situation. Elles sont tellement
vitales que l’essor socio
économique autant que le dévellopement
durable de notre nation en
dépendent.
Aussi, au lendemain de la création, de ce
département , une campagne
nationale “ Massirat Annour “ ( la marche vers
la lumière) fut-elle lancée
dés 2003. Elle a profité à bon nombre de nos
concitoyens et concitoyennes et
a mobilisé toutes les composantes de la
société.
Dans cette dynamique amorcée par SAMAJESTE,
le message royal du 13
octobre 2003 constitue un moment très fort de
mobilisation nationale, de
résponsabilité colletive et de solidarité
agissante. D’ailleurs, à l’occasion de
la célébration du premier anniverssaire de
cette événement national, Sa
Majesté le Roi a bien voulu institué le 13
octobre comme journée nationale
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inaugurant, à chaque nouvelle année scolaire,
le coup d’envoi de la lutte
contre l’anaphabétisme et de l’éducation non
formelle.
Aussi et conformement aux hautes directives
royales, le Secrétariat
d’Etat a élaboré une stratégie de continuité
et non de rupture, capitalisant
les acquis et accumulant le savoir - faire de
ses cadres.
Cette stratégie est assimilée à un processus
d’autant plus participatif que
mobilisateur des intervenants de tout bord et
destinée aux différentes
composantes de notre société. Elle s’articule
sur des mesures de proximité
aptes à satisfaire aux conditions nécessaires
à sa réussite.
En d’autres termes, elle constitue un cadre
qui définit une vision et se
veut un outil de travail qui s’inscrit dans
le cadre d’un vaste chantier
national consistant à réduire
l’analphabétisme, à moins 20% à l’horizon 2010
et l’éradiquer complètement d’ici 2015, et
assurer l’éducation à tous les
enfants non scolarisés ou descolarisés à
l’horizon 2010 .
“ Agissez, Dieu, Son messager et les croyants
verront votre
oeuvre “
Le Secrétaire d’Etat
auprès du Ministre de
l’Education Nationale, de l’Enseignement
Supérieur, de la Formation des Cadres et de
la
Recherche Scientifique
Chargé de l’Alphabétisation et del’Education
Non Formelle
Anis BIRROU
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1.CONTEXTE
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1.1. CONTEXTE GENERAL
Nul n’ignore que le niveau d’alphabétisation
et d’éducation de la société
a d’importantes incidences sur les conditions
sociales des populations voire
sur le développement économique des pays.
Aussi, investir en capital humain
s’avère-t-elle une incontournable
nécessité pour qualifier la population et la
rendre apte à participer à l’effort
de développement voire impulser la croissance
économique.
Ace titre, l’apprentissage de la lecture et
de l’écriture n’est pas seulement
une question d’instruction ou une fin en soi.
Il constitue plutôt une phase
indispensable à l’intégration des individus
au sein de leur environnement
socio-économique autant qu’à la consolidation
du processus démocratique
entamé au Maroc. D’où le rôle déterminant de
cet apprentissage quant à
l’essor économique, social, politique et
culturel.
❐ Au niveau
politique :
Pour consolider le processus démocratique
entamé, le Maroc a opté pour
des choix engageant l’Etat, tant au niveau
national qu’international, à
relever les défis de la promotion de la
société et de la dignité du citoyen:
◗ L’instauration
d’un Etat de droit
La constitution de 1996 exprime l’attachement
de l’Etat marocain aux
droits de l’homme. Les efforts déployés dans
ce domaine sont consolidés
par des mesures législatives nationales et
par la ratification de plusieurs
conventions internationales relatives aux
droits humains.
◗ La modernité
Elle se manifeste par l’édification d’une
société fondée sur son
attachement à ses valeurs culturelles,
civilisationnelles, religieuses et
historiques qui s’inscrit dans une vision
moderniste favorable à la pratique
d’une citoyenneté active et ouverte voire
apte à consolider la participation,
l’expression, le dialogue, la tolérance et la
paix, etc
◗ La bonne
gouvernance
L’optimisation de la gestion des ressources,
la transparence, la
consolidation de la politique de décentralisation
et de déconcentration,
l’adoption de l’approche de proximité et de
la logique de
résultats,...constituent les principes
fondateurs de la bonne gouvernance.
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❐ Au niveau
social :
La maîtrise de la poussée démographique, la
réduction de la mortalité
maternelle et infantile ainsi que
l’amélioration de la santé et de l’instruction
des enfants restent largement tributaires du
niveau d’éducation et
d’alphabétisation de la société, en général,
et celui des femmes et jeunes
filles en particulier.
❐ Au niveau
économique :
L’environnement économique marocain se
caractérise, actuellement, par
l’ouverture et la globalisation des échanges
voire une compétitivité de plus
en plus accrue. Cette nouvelle conjoncture
requiert une mise à niveau de
l’économie marocaine, d’une manière générale
et, particulièrement, de
l’entreprise. Or, celle-ci passe, avant
tout,s par l’amélioration des
compétences des ressources humaines.
❐ Au niveau
culturel :
Face à une mondialisation multiforme, il est
impératif de se prémunir
contre la déculturation et la perte de
l’identité. L’éducation non formelle des
jeunes et l’alphabétisation des adultes
doivent contribuer entre autres à:
- Revaloriser, sauvegarder et développer le
patrimoine culturel;
- Assimiler la culture à une donnée dynamique
intégrant les aspects
positifs du passé.
Ce sont toutes des options qui engagent le
Maroc à relever des défis tels
que l’éducation des enfants en situation d’exclusion
et l’alphabétisation des
adultes.
1.2. Etat des lieux
Deux types de constats sont à relever:
- l’analphabétisme en général qui concerne
l’ensemble de la population
âgée de 10 ans et plus.
- la non scolarisation et la déscolarisation
de la population âgée de 9 ans
à 15 ans.
1.2.1. Constat concernant l’alphabétisation
Contrairement aux autres indicateurs de
l’éducation, le taux
d’analphabétisme permet d’évaluer les efforts
du système éducatif dans son
ensemble: éducation formelle et éducation non
formelle. Il est, également,
pris en considération pour calculer
l’Indicateur de Développement Humain
(IDH).
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La relation entre le taux d’analphabétisme
dans les pays et leur niveau de
développement économique et social fait
l’objet de plusieurs recherches et
rapports dans le monde.
Les rapports émanant du PNUD sur le
développement humain
soulignent l’étroite relation du niveau
éducatif des populations à leur
développement. En effet, considéré comme critère
de classement des pays,
l’indicateur de développement humain est la
combinaison des indicateurs
de longévité (espérance de vie à la
naissance), du savoir (taux
d’alphabétisation des adultes et taux de
scolarisation toutes catégories
confondues) et du niveau de vie (PIB par
habitant).
Le rapport du PNUD classe le Maroc en 2004 à
la 125ème place. Il est
largement devancé par d’autres pays
similaires tels que la Jordanie (90ème), la
Tunisie (92ème ) et la Turquie ( 88ème ).
La confrontation des composantes de l’IDH
dans ces pays rend compte
des écarts enregistrés. Ces écarts sont dus
au niveau beaucoup plus élevé
d’alphabétisation des adultes. Il est de
48,9% au Maroc, 71% en Tunisie,
85,1% en Turquie et 89,7% en Jordanie,.
Sur un autre plan, le niveau d’analphabétisme
des populations adultes
influe, à un degré significatif, sur le
niveau de la pauvreté. Les recherches
entreprises dans ce domaine1, évaluent à 10%
l’effet de la généralisation
d’un niveau éducatif primaire de la
population sur la diminution de la
pauvreté.
Au Maroc, les résultats des recensements et
des enquêtes réalisés depuis
l’indépendance établissent que le taux
d’analphabétisme de la population
âgée de 10 ans et plus est en régression
soutenue. Il a été de 87% en 1960 et
estimé à 48%en 19982 : soit une baisse
globale de 39 points en 38 ans.
Cependant, en raison de la poussée
démographique que le Maroc a
connue durant cette période (2,1% est le taux
d’accroissement annuel
moyen de la population entre 1982 et 1994),
la généralisation de la
scolarisation n’a pas été atteinte et le
nombre d’analphabètes n’a pas cessé
d’augmenter (voir tableau annexe n°1). Il
atteint, actuellement, près de 11
millions de personnes.
1 - Les chercheurs CURTIN et NELSON ; année :
1999.
2 - Enquête Nationale sur les Niveaux de vie
des Ménages 1998/1999 ; Direction de la
Statistique.
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Cette tendance est soutenue par la
persistance d’importants écarts et /ou
inégalités entre les deux sexes, les tranches
d’âge, les milieux de résidence,
les régions et les secteurs d’activités
économiques.
◗ Inégalités
selon le genre :
Selon les résultats de l’Enquête Nationale
réalisée en 1998 sur le niveau
de vie des ménages, le taux d’analphabétisme
chez les femmes s’élève à
61,9% contre 33,8% chez les hommes. , ces
taux étaient En 19943 de 67,4% et
41,4%. Durant la période 1994-1998, le taux
d’analphabétisme masculin a
baissé de 18% alors que celui des femmes n’a
chuté que de 8%. Constat qui
atteste de la situation précaire de la femme
et de la fille dans le domaine de
l’éducation en général.
Le niveau élevé de l’analphabétisme des
femmes agit également sur la
fécondité. L’enquête réalisée, par le
Ministère de la Santé en 1997, révèle que
le nombre moyen d’enfants chez les femmes
sans aucun niveau éducatif est
de 6,7. Ce nombre diminue en fonction de
l’accroissement du niveau
éducatif : 4,9 chez les femmes ayant le
niveau du cycle fondamental, 3,4
pour le niveau secondaire et 2,5 chez les
femmes ayant un niveau supérieur.
◗ Ecarts selon
les tranches d’âge :
Certes, le taux d’analphabétisme a connu une
sensible baisse chez les
enfants âgés de 10 à 18 ans .Il est passé de
38% en 1994 à 29% en 1998 (soit
une diminution de 9 points). Néanmoins, il
demeure encore élevé chez les
populations âgées de 15 ans et plus où il
atteint 52,4%.
Il est de 35,7% chez la population âgée de 15
à 24 ans, 43,5% au sein de
la tranche d’âge 15 - 44 ans et 77,7% chez
les personnes âgées de 45 ans et
plus.
En terme de concentration des effectifs des
analphabètes selon les
grandes tranches d’âge, 57% des populations
analphabètes (cf tableau
annexe n°2) sont âgées de 15 à 44 ans : soit
un effectif de près de 6 millions
de personnes. Une telle situation a nécessairement
des répercussions
négatives sur le processus de développement
économique et social du pays.
◗ Inégalités
selon le milieu de résidence
Le taux d’analphabétisme en milieu rural
s’élève à 66,9% (49,9%
hommes-83% femmes) .Il est de 33,7%en milieu
rural (21% hommes-45%
femmes).
3 - Recensement Général de la Population et
de l’Habitat 1994.
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◗ Inégalités
selon les régions
En matière d’analphabétisme, les inégalités
entre les régions s’expliquent
en grande partie par les facteurs suivants :
- La concentration démographique dans
certaines régions, en particulier,
dans des zones rurales .
- Les efforts déployés antérieurement en
matière de scolarisation des
enfants.
Les seules données disponibles, actuellement,
sur l’analphabétisme selon
les régions, sont celles du Recensement
Général de la Population et de
l’Habitat de 1994. Comme l’indique le tableau
en annexe n°3, le taux
d’analphabétisme varie de 30,9% dans la
région du Grand Casablanca à
67,1% dans les régions de Marrakech -Tensift
Al Haouz et de Taza-
AlHoceima-Taounate. Ces deux dernières
régions auxquelles s’ajoutent
celles de Doukala-Abda, Tadla-Azilal et
Souss-Massa-Drâa se caractérisent
toutes par une forte concentration rurale.
Avec des taux d’analphabétisme
supérieurs à 60%, elles arrivent en tête des
régions.
Quant au lien entre l’analphabétisme et les
efforts antérieurs en matière
de scolarisation des enfants, on constate que
les régions dont les taux
d’analphabétisme sont les plus élevés, sont
celles mêmes qui ont eu les taux
les plus élevés de non scolarisation des
enfants. Facteur qui s’explique, à son
tour, par le degré de l’urbanisation. En 19944,
par exemple, le taux de non
scolarisation des enfants âgés de 7 à 12 ans
passe de 52,6% dans la région
de Marrakech-Tensift-AlHaouz à 11% dans la
région du Grand Casablanca.
◗ Analphabétisme
chez la population active :
Enregistrant une baisse de 4,2 %, par rapport
à son niveau en 19955:
54,2%, le taux d’analphabétisme de la
population active est estimé en 1998
à 51,9 %,
L’analyse de ce taux, au sein de la
population active, en fonction du
statut professionnel, révèle qu’il s’élève à
44,6% chez les salariés, 37,7% chez
les employeurs et 63,8% chez les
indépendants.
Avec un taux de 75,4%, le secteur d’activité
agricole demeure le plus
touché. Par contre les secteurs secondaire et
tertiaire atteignent
respectivement à 45,3% et 30,4%.
4 - Recensement Général de la Population et
de l’Habitat ; Année : 1994
5 - Enquête Emploi ; Direction de la
Statistique
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15
6 - Recensement Général de la Population et
de l’Habitat ; Année : 1994
7 - Enquête Emploi ; Direction de la
Statistique
Chez la population active, On constate les
mêmes disparités entre les
deux sexes. En effet, 70,8% des femmes
actives sont analphabètes dont
92,4% sont occupées dans le secteur agricole,
contre 40,6% pour les hommes
actifs.
◗ Analphabétisme
et pauvreté
La vulnérabilité des ménages à la pauvreté
est fortement liée à l’aptitude
du chef de ménage à lire.
En effet, les études réalisées en la matière6
révèlent que le taux
d’analphabétisme est de 66,5% pour les chefs
de ménages défavorisés,
61,1% pour les chefs de ménages moyens et
seulement 16 ,6% pour les chefs
de ménages aisés. L’analyse de cet indicateur
en fonction du paramètre
genre revéle que 89,5% des femmes chefs de
ménages sont analphabètes
contre 61,5% pour les hommes.
Par ailleurs,le taux d’analphabétisme diminue
au fur et à mesure que le
niveau de vie augmente. Il est de 30% chez
20% de la population la plus
favorisée et s’élève à 67,4% chez 20% de la
population la plus démunie7.
1.2.2. Constat concernant l’éducation non
formelle
Deux situations se dégagent :
Premiere situation : Non scolarisation et
déscolarisation précoce et
exigences de la mondialisation
Aujourd’hui, en dépit des efforts déployés,
entre 1,5 et 2 millions
d’enfants âgés de 9 à 15 ans n’ont toujours
pas accès à l’éducation. Ils n’ont
jamais été à l’école ou l’ont quittée avant
la fin de la scolarité obligatoire.
Malgré l’importance des résultats obtenus au
niveau de l’augmentation
du taux de scolarisation en éducation
formelle, le taux de non scolarisation
de cette tranche d’âge reste, globalement,
très élevé. En effet, s’il était, au
début des années 90, de 51% (donc 49%
seulement étaient à l’école), il est
passé, actuellement, à 32,43 %. Autrement
dit, bien qu’il soit encore sous
l’obligation scolaire, près d’un enfant âgé de 9 à 15 ans
sur 3 se trouve en
dehors de l’école.
Or, les impératifs de la mondialisation
imposent un niveau d’éducation
assez élevé pour répondre aux critères de
compétitivité et de performance :
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16
• 50% des futurs métiers exigeraient un
niveau scolaire équivalent au
moins à celui du baccalauréat.
• 5 ans de scolarisation systématique est le
niveau d’instruction minimum
réclamé pour une augmentation globale de la
productivité. Ce seuil
minimum est également celui exigé pour une
alphabétisation durable.
• L’accroissement du niveau de compétence
dans les apprentissages
fondamentaux (lecture, écriture, calcul,
langages et outils
informatiques) s’avère l’unique moyen
susceptible de doter les pays en
voie de développement d’une main d’oeuvre
capable de se familiariser
avec les nouvelles technologies.
Seconde Situation : Non scolarisation et
déscolarisation précoce et
inégalité des chances en éducation.
En matière d’éducation, la population (9-15
ans) non scolarisée et
déscolarisée avant terme souffre de deux
types d’inégalités. D’une part,
toute cette population n’a pas bénéficié de
son droit à l’éducation et se
trouve donc à l’extérieur de l’école au lieu
d’être à l’intérieur comme les
autres enfants.
D’autre part, au sein de cette même
population, beaucoup d’inégalités
peuvent être relevées :
◗ Inégalité selon
le genre
Les filles constituent 58,4% de l’ensemble
des enfants non scolarisés ou
déscolarisés.
Parmi la population féminine âgée de 9 à 15
ans, le taux des non
scolarisées ou déscolarisées est de 38,6%.
Presque 2 filles sur 5 ne
fréquentent pas l’école.
Avec une diminution de près de 21 points, ce
taux est passé de 60% en
1990 à 38,6% en 1998, soit 2,7 points
annuellement. Par contre, avec une
régression de 16 points il est passé, pour la
même période, chez les garçons,
de 42% à 26%, soit 2 points par an.
Cependant, les taux de non scolarisation
et de déscolarisation restent élevés et leur
décroissance s’avère très lente.
◗ Inégalité selon
la tranche d’âge
Si les enfants de 9 à 11 ans ne représentent
plus que 23,8% de l’ensemble
des non scolarisés ou déscolarisés, ceux âgés
de 12 à 15 ans représentent
76.2% : soit les 3/4 de cette population! Certes, les résultats obtenus en
terme de généralisation de l’enseignement
formel au niveau du primaire
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ont eu un impact sur les 9 -11 ans.
Néanmoins, beaucoup d’efforts restent à
déployer en éducation non formelle au profit
de l’autre tranche d’âge.
◗ Inégalité selon
le milieu de résidence
• 80% des enfants non scolarisés ou
déscolarisés relèvent du milieu rural
contre 20% des enfants du milieu urbain ou
périurbain. Autrement dit,
La non scolarisation ou la déscolarisation
affecte 4 fois plus les enfants
du milieu rural que ceux du milieu urbain.
• 58,18% de l’ensemble des filles du milieu
rural contre 18,68% pour le
milieu urbain sont non scolarisées ou
déscolarisées . La non
scolarisation ou la déscolarisation touche 3
fois plus les filles du milieu
rural que celles du milieu urbain.
◗ Ecarts selon
les régions
La non scolarisation et la déscolarisation n’affecttent
pas les régions avec
la même acuité. La répartition des taux
varient de moins de 1%, pour les
régions de Oued Eddahab-Lagouira (0,1%) et
Laayoune- Boujdour-Sakia El
Hamra (0,6%) à près de 14% pour la région
Marrakech Tensift El Haouz.
Sur les 16 régions que compte le Maroc, 55,7%
de l’effectif global des non
scolarisés sont concentrés dans 5 régions. Il
s’agit de: Marrakech Tensift
(13,9%), Tanger Tétouan (11,1%), Taza- Al
Hoceima-Taounate (10,9%),
Souss-Massa-Drâa (10%) et Doukala-Abda
(9,8%).
◗ Inégalité selon
l’activité
L’enquête nationale sur l’emploi (module /
enfant 2000), révèle que le
nombre d’enfants en activité est d’environ 600.000 filles et garçons et que
près de 40% des non scolarisés ou
déscolarisés sont en situation de travail.
Conclusion :
Ces constats révèlent, si besoin est,
l’importance du déficit social et
économique. Aussi, l’alphabétisation et
l’éducation non formelle figurentelles
parmi les priorités du gouvernement.
1.3. Concepts
Force est de constater que tout le monde considère
l’analphabétisme des
adultes et la non scolarisation des enfants
comme des phénomènes
complexes. Pour les cerner et offrir une
éducation/instruction aux
populations concernées par ces phénomènes,
des concepts
d’alphabétisation et d’éducation non formelle
sont développés.
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18
Le devenir de l’environnement social etant
tributaire à la manière dont la
société prévoit la mise en valeur des
ressources humaines, on les érige,
également, en un incontournable instrument
pour se moderniser
.
1.3.1. L’alphabétisation
En 1958, L’UNESCO a défini, l’analphabète comme une personne
incapable de lire et d’écrire, en le comprenant, un bref et simple exposé de
faits en rapport avec sa vie quotidienne. Cette définition est reprise en
1992
comme suit : “ une personne capable seulement
de lire et écrire des lettres,
des chiffres et son nom doit être considérée
comme analphabète, de même
qu’une personne qui ne peut lire et écrire
qu’une expression rituelle apprise
par coeur “.
En 1978, l’UNESCO considère comme fonctionnellement analphabète,
une personne incapable d’exercer toutes les
activités pour lesquelles
l’alphabétisation est nécessaire non
seulement dans l’intérêt du bon
fonctionnement de son groupe et de sa
communauté mais aussi afin de lui
permettre de continuer à lire, écrire et
calculer pour son propre
développement et celui de la communauté.
Par ailleurs, selon la déclaration de la
cinquième conférence
internationale sur l’éducation des adultes
organisée par l’Unesco à
Hambourg en 1997 la formation continue est considérée, comme un
processus qui dure toute la vie. Elle a pour
objectif de développer
l’autonomie et le sens des responsabilités
des individus et des
communautés, de les rendre aptes à faire face
aux mutations qui affectent
l’économie, la culture et la société dans son
ensemble, et de promouvoir la
coexistence, la tolérance ainsi qu’une
participation éclairée et créative des
citoyens à la vie de la collectivité. Elle
permet aux individus et aux
communautés de prendre en main leur sort et
celui de la société pour être à
la hauteur des défis de l’avenir. D’où la
nécessité de fonder les démarches
adoptées en matière d’éducation des adultes
sur le patrimoine culturel et les
valeurs sociales et religieuses des
intéressés. Elles doivent être dispensées
de manière à faciliter voire stimuler la
participation active et l’expression
spontanée des citoyens.
L’éducation ou la formation des adultes
formelle ou autre est l’ensemble
des processus d’apprentissage grâce auxquels
les adultes développent leurs
aptitudes, enrichissent leurs connaissances,
améliorent leurs qualifications
techniques ou professionnelles, ou soient
réorientés en fonction de leurs
propres besoins et ceux de la société.
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• l’alphabétisation : de l’approche curative
à l’approche citoyenne
Il s’agit d’une représentation associée à une
thématique principalement
sanitaire: la lutte contre l’analphabétisme
est assimilée à la lutte contre la
tuberculose. Dans cette perspective, la
lecture, l’écriture et le calcul
constituent des fonctions de base pour les
individus. Les analphabètes
souffrent donc d’une carence personnelle.
Seules des opérations adaptées,
peuvent y remédier.
Or, Ecartant les aspects identitaires et
écologiques liés à l’intégration
dans un environnement, des conduites de
lecture et d’écriture, le modèle
curatif peut conduire à adopter des modes
d’action inappropriés.
Par contre, l’approche citoyenne situe l’alphabétisation
comme un enjeu
de citoyenneté, c’est-à-dire collectif et
politique.
Dans cette perspective, celui qu’on qualifie
d’analphabète n’est pas un
handicapé cognitif ou social qu’il faudra
guérir ou redresser, c’est un
citoyen parmi d’autres, qui doit et souhaite
prendre sa place dans la vie.
Il y va de l’intérêt de l’individu autant que
de celui de la collectivité; la
communauté a besoin du citoyen et vis versa.
Ce n’est pas seulement pour
“ son bien “ que l’analphabète est invité à
se former, mais également dans
l’intérêt de la collectivité. Car c’est là
l’enjeu de l’intégration. Il n’est
seulement pas question d’intérêts, mais aussi
d’identité individuelle voire
collective.
S’inscrivant ainsi dans une perspective
citoyenne, l’alphabétisation se
distingue principalement par le fait que :
- L’apprentissage n’est plus un lieu coupé du
monde social;
- L’apprenant n’a plus le statut d’objet
d’apprentissage mais plutôt celui
de centre et d’acteur;
- L’acquisition de la lecture et de
l’écriture n’est plus appréhendée
uniquement dans sa dimension individuelle
mais en tant qu’enjeu
collectif qui renvoie à l’unité de la
communauté.
1.3.2. L’éducation non formelle
Il s’agit de “ toute activité d’éducation
organisée et systématique,
exécutée à l’extérieur du cadre du système
scolaire formel pour fournir un
type d’apprentissage choisi, à des sous
groupes particuliers de la
population “ (The International Encyclopédia
of Education, p.127).
C’est cette définition que l’on a retenue car
elle traduit les idées forces, à
savoir l’organisation, la structuration, la
systématisation, l’adaptation au
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public cible et le déroulement en dehors du
cadre scolaire. Et ce, même si,
dans certains cas, les activités se passent
dans des écoles.
L’éducation non formelle permet d’adapter
l’éducation aux différentes
catégories de la population cible
indépendamment de leur âge. Ce concept
interpelle l’implication de plusieurs
institutions et intervenants. Il s’avère le
plus approprié pour surmonter les contraintes
qui entravent la scolarisation
et remédier à la problématique de la non
scolarisation ou la déscolarisation.
Constituée de programmes substitutifs à la
scolarisation à plein temps,
cette éducation a pour objectif d’offrir une
deuxième chance à ceux qui,
pour des raisons diverses, n’ont pu
bénéficier du système scolaire normal.
Celle - ci existe aujourd’hui sous une
diversité de formes qui dépendent
non seulement de la variété des groupes de
populations cibles à qui elle
s’adresse ; mais également des agences et
institutions qui l’organisent. The
International Encyclopedia of Education
présente plusieurs formes. En voici
quelques unes:
• les programmes d’alphabétisation ou d’éducation des
adultes;
• les programmes d’éducation pour les enfants et les jeunes
qui sont en
dehors de l’école ;
• les programmes de promotion du développement du monde
rural ;
• les programmes de l’enseignement supérieur non formel;
• les activités de culture générale et de loisirs;
• les activités d’éducation religieuse;
• les activités de formation pour améliorer les aptitudes
linguistiques et
les capacités de communication;
• les activités de formation dans les secteurs de la
production industrielle
et du service commercial.
Cependant, il convient de préciser qu’il ne
peut y avoir de distinction
nette entre ces formes d’éducation non
formelle, car, à titre d’exemple, les
activités de culture générale et de loisirs
peuvent figurer dans des
programmes d’alphabétisation des adultes ou
d’éducation pour les enfants
en dehors de l’école.
En intégrant toutes les formes susceptibles
de mieux répondre aux
attentes et objectifs escomptés, le
Secrétariat d’Etat a retenu :
• L’éducation non formelle pour les enfants non scolarisés ou
déscolarisés qui sont encore sous
l’obligation scolaire.
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